Rencontre avec Leesle, créatrice de hanboks contemporains

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Depuis quelques années, le hanbok, l’habit traditionnel coréen, s’offre un coup de jeune.  

Vous vous souvenez peut-être des oeuvres virales de l’artiste coréen « Royal Dog », représentant des femmes et jeunes filles noires vêtues du hanbok. Ainsi sorti de son contexte traditionnel, celui-ci y acquérait une stature nouvelle, et s’insérait dans une réflexion plus globale sur la représentation de la beauté et le mélange des cultures. En Corée, alors que les touristes revêtent volontiers le hanbok traditionnel pour leurs photos-souvenir aux Palais de Gwanghwamun, celui-ci est en parallèle remixé par de jeunes créateurs pour un usage quotidien et stylé.

Parmi eux, Hwang Leesle, agée de 30 ans née à Jeonju, a lancé en 2014 sa marque « Leesle », qui propose des hanboks modernisés pour coller à la jeune génération coréenne. Elle est désormais une des plus dynamiques et innovantes créatrices de « Fashion Hanbok ».

Maintenant, les jeunes sont fiers de montrer la beauté de notre patrimoine

K : Qu’est-ce qui vous a motivée pour créer des hanboks revisités ?
Je suis native de la ville Jeonju, qui est connue pour les arts traditionnels comme la musique, l’artisanat et la gastronomie. Je voulais travailler dans la fonction publique, mais par hasard, je suis tombée complètement sous le charme du manhwa « Goong » (« Palais », un manhwa à succès qui a donné lieu à une adaptation en drama, également à succès) et des habits portés par les personnages. Dans le cadre d’un cosplay Goong, j’ai fabriqué un hanbok moderne avec la machine à coudre de mes parents. A ce moment-là, j’ai senti que les jeunes étaient très intéressées par ce style : on m’arrêtait dans la rue pour me demander où j’avais acheté mes vêtements ! Cela m’a convaincue que le hanbok pouvait innover et s’adapter aux goûts des jeunes, et qu’il n’était pas réservé uniquement aux fêtes traditionnelles ou aux mariages.

K : A chaque fois que je vais à Séoul, je suis frappée de voir les jeunes porter de plus en plus le hanbok pour afficher leur originalité. Je vois différemment le hanbok que mes parents m’obligeaient à porter à Seollal ou Chuseok (fêtes coréennes) et qui était assez inconfortable.
Oui, maintenant, les jeunes sont fiers de montrer la beauté de notre patrimoine. D’ailleurs les hanboks de Leesle sont faits pour être portés au quotidien. Pas besoin du coup de faire attention au chima (la jupe très volumineuse du hanbok traditionnel, qui traîne au sol) ou d’être serrée dans un jeogori trop court (le bolero du hanbok). Pas besoin non plus de porter la coiffure traditionnelle, en chignon.

C’est devenu une vraie tendance. La mode, c’est de faire du « mix and match »

En version couple, avec une adaptation du pantalon noué masculin

Désormais, vous pouvez vous promener dans la rue et aller à la plage, habillé en hanbok. Nos hanboks sont beaucoup postés les sur les réseaux sociaux, de manière très décontractée, en vacances etc. C’est devenu une vraie tendance. La mode, c’est de faire du « mix and match » , par exemple en accessoirisant le jeogori avec un jean skinny, des talons et des lunettes de soleil. Le chima raccourci et slim fit est facile à mixer avec une chemise ou un t-shirt. C’est joli et confortable, ce qui n’était pas imaginable chez les générations précédentes.

Pour moi, il est très important de garder la structure et les éléments-clé du hanbok (…) Tout cela doit se sentir instinctivement quand on voit mes vêtements. Par contre, je varie les couleurs et les matières selon la tendance.

K : Comment concevez-vous l’habit traditionnel revisité ?
Pour moi, il est très important de garder la structure et les éléments-clé du hanbok : git (l’encolure), goreum (la ficelle), mu (la partie large d’un manteau), somae (les manches plates)…Tout cela doit se sentir instinctivement quand on voit mes vêtements, surtout l’encolure, qui est un aspect essentiel pour montrer d’où vient l’inspiration. Par contre, je varie les couleurs et les matières selon la tendance. Cette année, l’ultra-violet était très à la mode et je m’en suis bien servie.

K : Vous avez un magasin à Jeonju et aussi un site e-commerce. Quelle est votre cible ?
Notre marque vise des jeunes entre 20-30 ans qui aiment le design et la mode et les femmes trentenaires, qui sont notre clientèle la plus importante. Les hommes représentent environ 7%. Tous nos clients n’ont pas les mêmes goûts, et sont de plus en plus segmentés. C’est la raison pour laquelle je crée à chaque saison de nouveaux motifs et des couleurs différentes et que je varie les matières. En général, j’ai une préférence pour les motifs floraux et végétaux qui donnent plus de féminité et de douceur. Nous créons des boutiques Pop-up dans toute la Corée, et j’organise des rencontres sous forme de « hanbok talk » ou « hanbok concert ». La vente en ligne pour les étrangers augmente de manière constante et nous livrons à présent dans le monde entier. D’ailleurs, je participe à des salons professionnels comme le Tranoi et Paris sur mode depuis l’an dernier. Les réactions des européens sont très positives, j’ai vraiment envie de monter une boutique Pop-up à Paris très bientôt !

Plus d’inspirations hanbok sur le site et l‘Instagram de Leesle !
Images ©Leesle

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